Ca y est, c'est l'heure, le réveil sonne.

La pire journée de ma vie commence, celle qui marque l'annihilation de ce que je souhaiterais être, la fin de ma vie.

Je me lève sans réfléchir, surtout ne pas anticiper ce moment qui approche.

Les gestes s'enchaînent machinalement et je n'en ai même pas conscience.

Je m'habille. Surtout, bien prendre des habits neutres. Ne pas montrer la peur que je ressens. La peur et la révolte.

Bien malgré moi, mon esprit commence à fonctionner et à me questionner. Faut-il vraiment le faire ? N'existe-t-il pas une échappatoire ?

Les réponses sont pourtant évidentes et je ne prends même pas la peine de les formuler, conscient des dégâts supplémentaires qu'elles infligeraient à mon subconscient.

Vite. Quitter la maison et oublier ceux qui s'y trouvent, ceux que je laisse derrière moi. Ces être aimés que j'abandonne pour aller vers un destin qui me révulse.

Je monte en voiture. Je fouille fébrilement dans la boite à gants à la recherche du disque salvateur, celui qui me permettra de m'évader au moins le temps du trajet.

Que choisir ? Quelque chose de violent ? Ou plutôt une douce complainte, en accord avec la morosité du ciel qui me surplombe. Mais surtout, mettre le volume très fort.

Les kilomètres s'envolent, me rapprochant de l'échafaud.

Quand enfin, j'y parviens, j'essaie de retarder le moment fatidique en écoutant les dernières mesures de la chanson.

Puis je n'ai plus d'excuse, alors je m'extirpe de mon véhicule et me tient un moment immobile pour contempler le lieu de mon supplice, celui où ma vie d'humain pensant se termine.

Ca y est, je suis au travail.

Et demain, on remet ça…